lundi 9 novembre 2009

L'enchantement de la Flûte à l'Opéra de Montréal














Cela a surpris plusieurs personnes de mon entourage... « Claudio, tu n'es jamais allé voir un opéra? Toi, grand amoureux de musique classique? » Plusieurs, dont moi-même, ont forcé quelques comparaisons. « C'est comme un enfant de dix ans qui n'aurait jamais mis les pieds dans un parc! » ou encore « Que l'un des membres d'un quatuor à cordes ne sache pas compter jusqu'à quatre! ». Depuis samedi dernier, ces paroles un brin caustiques n'ont plus leur raison d'être, car mon baptême officiel en tant qu'amateur d'opéra a eufin eu lieu: j'ai assisté à la première représentation de La Flûte enchantée de Mozart à l'Opéra de Montréal. Les astres bien alignés – ceux qui me connaissent savent ma passion pour la musique de Mozart, d'autant plus que La Flûte enchantée est, de tous les opéras que j'ai entendu, mon préféré –, j'ai assisté à ce spectacle en compagnie de mon amie Lucie, avec qui je partage mon amour passionné pour la musique du Maître de Salzbourg; tout ceci est bien corollaire, me disais-je tout à l'heure.

Des décors et une mise en scène à tout le moins kitsch, un Papageno plus grand que nature (éblouissant Aaron St.Clair Nicholson), une Pamina exceptionnelle (Ah! Karina Gauvin; nous, québécois, enorgueillissons nous de ce talent!) ainsi que beaucoup de joies désincarnées, des moments gracieux ici et là, des corps qui bougeaient avec bonheur, et surtout la musique d'une beauté infinie, si bien que j'aurais pu garder les yeux fermés du début à la fin que mon plaisir n'en aurait pas été gâché, loin de là.

Si j'avais une chose à retenir de cette première soirée à l'opéra, c'est que dès la première scène (ces décors qui donnaient l'impression d'avoir été fabriqués avec du « carton acheté à rabais » nous permettaient néanmoins de se sentir transporté dans la magie la plus féérique, quelque part hors du temps; tout cela était ludique et digne d'un rêve, du moins pour l'enfant que j'étais durant les deux heures et demi que dura la représentation), dès la première scène, donc, je réalisais toute l'importance que revêt un spectacle de cette envergure au temps de Mozart; j'imaginais voir les gens dans les rues de Vienne ou de Prague compter les jours avant la première, en parler à profusion partout au travail et dans les cafés, et ensuite pleurer durant la représentation (moi-mêmeje n'ai pas pu retenir mes larmes à l'Ouverture ainsi que durant le premier air de la Reine de la nuit, au premier acte; saluons, d'ailleurs, le très beau travail d'Alain Trudel dirigeant l'Orchestre Métropolitain). Ce mélange de théâtre, de musique et de mots (l'on s'entend, le livret de Schikaneder ne serait pas passé à la postérité sans la musique de Mozart) avait de quoi donner le vertige, et ce même si ce spectacle n'était pas parfait. Certes, je comprends maintenant tous ces amateurs dont la vie tourne autour des soirées passées à l'opéra.

J'ai donc eu droit à un portrait de l'époque de Mozart, si bien qu'une petite nostalgie m'habitait par moments, celle de n'avoir pas pu être là en chair et en os en 1791, au moment de la création de La Flûte enchantée. Et dire que Mozart, alité car trop malade, chantait tous les soirs, depuis sa chambre, les arias des chanteurs. Le Grand Maître s'est éteint cinq semaines après la première de la Flûte enchantée. Schikaneder, le librettiste, a fait fortune grâce à cette oeuvre, fortune que Mozart n'a malheureusement pas eu le temps de toucher.

jeudi 5 novembre 2009

Le Proust d'Edmund White

Voici une petite biographie rédigée avec finesse et simplicité, qui propose un survol bref et séduisant de la vie de l'auteur de La Recherche. L'on apprend, entre autres, que Jean Genest a entrepris son premier roman après avoir lu À l'ombre des jeunes filles en fleurs en prison, remarquant lors de l'échange hebdomadaire de livres, qu'il ne restait que celui-là « car personne n'en voulait ». D'autres aspects de la vie de Proust sont révélés, notamment sa correspondance ainsi que sa relation avec Céleste, sa femme de chambre.

Certes, les moments les plus heureux de ma lecture vinrent à la toute fin, en parcourant les pages de la bibliographie. C'est là qu'Edmund White — qui dans cette section prend un ton beaucoup plus intimiste, presque comme s'il s'adressait à un ami — mentionne les ouvrages essentiels et moins essentiels pour la connaissance de l'univers proustien. Il commente ces ouvrages avec une sobriété exquise, témoignant de son admiration pour quelques spécialistes du génial écrivain français, notamment Jean-Yves Tadié, qui est le rédacteur des notes de La Recherche dans l'édition Gallimard. Ce chapitre nous met donc en contact direct avec la sensibilité du biographe.


Cela s'entend, Edmund White a un parti pris homosexuel, ce qui ne devrait en aucun cas gêner les lecteurs à l'esprit ouvert. Et bien que ce livre ne peut assouvir la soif des plus grands amateurs de Proust (il est impossible de couvrir en 180 pages la vie d'un aussi grand génie), il constitue néanmoins une porte d'entrée intéressante pour le néophyte. Quoi qu'il en soit, les onze chapitres de cette courte biographie se lisent agréablement et continuent d'appuyer ceci, que Marcel Proust fut de son vivant un personnage tout aussi fascinant qu'insaisissable.

mardi 27 octobre 2009

Je suis un fils d'immigrant (2)

Très souvent, le bonheur, qu'il soit grand ou petit, porte en lui une part d'indéfinissable. Dans tout ce qui nous dépasse, il y a des arômes, des saveurs et des couleurs qui nous échappent ; le bonheur est lisse, surtout lorsqu'on cherche à le nommer. Ni fièvre ni exaltation, mais plutôt moment pleinement savouré au coeur du temps qui passe, ces ineffables instants de ponctualité béate qui font le bonheur sont régis par des lois naturelles qui s'opèrent à notre insu à l'orée des rencontres et des moments d'inspiration. Vendredi dernier, me fut octroyé l'immense privilège d'interpréter ma musique et de raconter quelques pans de ma vie à une centaine de personnes présentes lors d'une soirée « conférence et musique » organisée par l'Association Hispanophone de Laval. La soirée s'intitulait Je suis un fils d'immigrant.


Armé d'un micro, d'un piano et d'une guitare, j'ai partagé, en un peu plus de deux heures, mon parcours de jeune immigrant devant des individus dont l'intérêt ne se démentait pas, si je me fie au silence vespéral dont ils ont su faire preuve tout au long de la soirée. Mon récit, entrecoupé de musique en direct, relatait les hauts et les bas de mon arrivée sur sol québécois, suivi des affres de mes expériences de travail durant l'adolescence et l'âge adulte, jusqu'au bilan détaillé de mes premiers pas dans le domaine de la musique. Invitant les gens à écouter mon émission de radio hebdomadaire, plusieurs d'entre eux m'ont promis qu'ils prêteraient l'oreille, et ce, dès la prochaine mise en ondes (qui aura lieu ce soir à 23 h au 101,5FM ou encore à www.cibl1015.com ) .

À la première rangée j'ai aperçu Monsieur Patricio Victoriano, consul général du Chili à Montréal, dont l'écoute sensible et enthousiaste m'a touché autant que sa présence. À sa droite prenait place Madame Aspasia Worlitzky, auteure et poète. La femme de lettres n'a pas manqué de m'adresser quelques mots fort encourageants après ma prestation. Madame Worlitzy a même rédigé un compte-rendu de la soirée sur le site chileinforma.com. Cliquez ici pour lire ce billet, de même que celui de Monsieur Cesar Carrasco, qui était lui aussi présent lors de la conférence.

Cette soirée au Boisé Papineau m'aura permis de rebrancher mon être tout entier à la chanson, médium que j'avais quelque peu délaissé au cours des derniers mois au profit de l'écriture. Certes, avec le recul, je réalise, de façon tout à fait personnelle, qu'il n'y a rien de tel qu'un tour de chant devant un public de fidèles amateurs de chanson. Le troubadour est celui qui porte à l'intérieur de sa carcasse la somme des âges, des époques, des guerres et des pactes de paix ayant vu le jour depuis l'apparition du monde. Que le titre de mes chansons ne soit connu que de quelques initiés m'importait peu au moment où je savais ces pièces marauder dans l'air avec un bonheur tout aussi franc que modeste. Parmi la foule, quelques amis chers. Avec eux, de même qu'avec le reste du public, je suis parvenu à ne pas éviter les moments de rire et d'émotion.

Que puis-je globalement penser d'une soirée comme celle de vendredi dernier ? Que mon tiraillement entre musique et littérature vient de prendre des proportions encore plus démesurées – ce tiraillement sait, fort heureusement, éviter les moments de tergiversation ! L'achat d'une nouvelle guitare s'avérant de plus en plus nécessaire (pour mes prochaines prestations scéniques), je caresse aujourd'hui l'idée de remonter sur scène, et ce le plus rapidement possible. Parlant de la possibilité de retourner sur les planches, la guitare, cet instrument communément appelé le piano du pauvre, demeure indétrônable dans son statut d'instrument-phare du pur et dur songwriter, car il incarne un idéal de liberté mobile et abordable propre à tout acte révolutionnaire. Un accord de guitare bien plaqué harmonisé à une poésie belle et gracieuse a forcément quelque chose de l'affirmation politique.

Entre mon travail d'animateur de radio (visitez http://schubertiadedestempsmodernes.blogspot.com) ainsi que ma besogne littéraire, le musicien semble réclamer plus avidement que jamais les moments d'incarnation. Je serai à son commandement, histoire de ne pas le faire attendre trop longtemps...

jeudi 22 octobre 2009

Je suis un fils d'immigrant

Plusieurs connaissances ne savent pas que je suis né au Chili de parents chiliens. Lorsqu'ils me font la conversation, ces gens que je connais peu moi-même (des amis de café, de collègues de travail) constatent que j'aime comme eux le hockey, la bonne bière et que je peux fredonner les paroles des chansons d'Harmonium et de Beau Dommage. Puis, au moment où un passant hispanophone nous accoste et nous demande, dans un français approximatif, le chemin pour se rendre au Centre Bell, cette connaissance apprend que je parle également l'espagnol.


Le scénario décrit ci-haut se produit souvent, et bien que le français soit devenu ma langue première, j'ai conservé un lien très étroit avec ma langue maternelle. Au cours des dernières années, j'ai considérablement approfondi ma relation avec la culture chilienne, notamment par le biais de la musique et de la littérature. Quel héritage merveilleux nous ont laissé Victor Jara, Pablo Neruda, Gabriela Mistral et Violeta Parra, pour ne nommer que ceux-là. C'est un peu grâce à ces maîtres que je suis parvenu à écrire des chansons (ma première chanson écrite en espagnol ne saura pas tarder!).

Vendredi le 23 octobre à 19 h 30, je serai à Laval pour parler de mon expérience de fils d'immigrant, soit depuis mon arrivée à Montréal en septembre 1976 jusqu'à aujourd'hui. L'événement aura lieu au Boisé Papineau, 3235 Boul. Saint-Martin Est, à Laval (tout près de l'autoroute 19). Sur la place se trouveront un piano et une guitare. J'aurai donc le bonheur de les toucher, histoire de pouvoir mieux continuer le récit...

Pour plus d'informations, vous pouvez visiter le site de l'Association Hispanophone de Laval, qui est l'instigateur du projet : http://www.hispanolaval.com/cadre_fr.htm

samedi 17 octobre 2009

Chopin (1e mars 1810 - 17 octobre 1849)

17 octobre, jour fatidique pour tous les pianistes de la terre. Vers deux heures le matin à pareille date en 1849, s'éteignait, dans un appartement parisien, celui qui pour moi demeura très longtemps le plus grand des grands, tout art confondu. Comment pourrais-je ne pas rendre aujourd'hui un hommage, minuscule fût-il, au Chantre du piano, à celui qui a souffert pour nous tous!


Il fut toujours celui que je voulais apercevoir en songe. Enfant, je priais tous les soirs pour voir et entendre Chopin dans mes rêves. En effet, j'espérais qu'à mon réveil matinal, je détiendrais le secret de son jeu pianistique. et ce même si je ne jouais pas encore du piano à cette époque. Plus, je voulais connaître les raisons pour lesquelles il demeurait l'incontestable idole de mon enfance. Je crois n'avoir jamais rêvé à lui, certes pas de manière onirique.

L'une de ses dernières paroles me trouble encore profondément. Sur son lit de mort, Chopin demandait de la musique. On avança le piano jusqu'à sa chambre. Son ami Auguste Franchomme (qui l'aida pour l'écriture de la Sonate pour violoncelle et piano op. 65, son ultime oeuvre publiée) lui dit : « On va jouer ta Sonate ». Chopin, faible et souffrant, répondit : « Non, jouez-moi de la grande musique. Jouez-moi Mozart ».

J'espère d'ici peu ajouter quelques oeuvres du génie polonais au répertoire des pièces que je joue au piano, notamment les 13e et 17e Préludes, un ou deux Nocturnes et pourquoi pas quelques Mazurkas. Cette nuit, encore tout habité par le Maître, je m'installai face à un instrument électronique afin d'interpréter quelques morceaux, dont le Prélude en mi mineur de l'opus 28. J'ose croire que je l'ai bien exécuté, si je me fis à l'émotion qui me traversa à ce moment. Peut-être ai-je inconsciemment suivi le conseil de Schumann : "Lorsque vous êtes au piano, jouez comme si un grand maître vous entendait".

Grand amoureux d'opéra et du bel canto, Chopin est l'un de ceux qui a le mieux saisi l'essence du chant en musique. Pour cette raison ainsi que bien d'autres, nul doute que Mozart (1756-1791) aurait apprécié la musique du compositeur des Polonaises.

Depuis mon arrivée à Montréal en 1997, je rêve de pouvoir réunir, le 17 octobre de chaque année, quelques amis autour d'un piano. Évidemment, ces amis seraient tous des mordus de la musique de Chopin. Nous discuterions du lien intime que nous entretenons avec le compositeur, commenterions les oeuvres que nous préférons, échangerions nos coups de coeur discographiques, étudierions quelques accords et motifs et, finalement, interpréterions au piano quelques-unes de ses oeuvres. Tout en picolant, nous jubilerions de ce sentiment d'élection si particulier. Se sentir élu par la musique, par Chopin, par la vie.

En ce moment, j'écris comme si la passion me brûlait de l'intérieur. J'écris comme si chaque phrase de ce billet était une Mazurka. "Des canons sous les fleurs" comme disait Schumann.

Depuis quelques jours, j'ai une blessure au deuxième doigt de la main droite. Aujourd'hui, presque par miracle, celle-ci est complètement guérie.

Tout compositeur dont le pain quotidien est le Clavier bien tempéré de Jean-Sebastien Bach n'a d'autre choix que de reconnaître sa nature profondément religieuse. Comme tout grand artiste (ou dévot), celui-ci finit toujours par devenir, un jour ou l'autre, victime de son art ; Chopin jouait pratiquement tous les jours et avant chaque concert quelques Préludes et Fugues du célèbre massif de Jean-Sebastien.

Chopin m'a fait pleurer. Il ne m'a jamais fait rire. Il ne m'a jamais abandonné. Il m'a toujours pardonné. Il ne m'a jamais tutoyé, peut-être aussi ne m'a t-il jamais réellement adressé la parole. Mais si il m'a souvent observé, préférant ne pas commenter mes gestes et mes actions, confirmant par son silence que lui et moi sommes différents, et que cette différence est nécessaire pour l'harmonie. Harmonie : la juste distance entre deux notes, entre deux êtres, entre deux sensations.

Cette citation écrite de sa main m'a souvent rempli de lumière dans les moments de doute et d'incertitude : "Porte ton âme dans l'angoisse, laisse souffrir ton coeur, mais que personne sur ta face ne lise ta douleur".

Il n'y aura pas d'autre musique que celle de Chopin pour moi aujourd'hui.

Rêve d'enfance, confident précieux durant mon adolescence, sorte d'idéal de la musique, Chopin est celui qui le mieux connaît l'antre de ma solitude.

Tout à l'heure, j'ai reçu un courriel de mon amie Lucie, qui est présentement à Paris. La missive commence comme suit : "Cher Claudio, Dernière journée... je pense à Chopin pour toi."

En dernier lieu, me permettez-vous de jouer au disquaire ? ... Voici quelques-unes de mes préférences personnelles sur disque : Artur Rubinstein pour les Mazurkas (son deuxième enregistrement du recueil, malheureusement en mono) ; Alfred Cortot, Maurizio Pollini et Louis Lortie pour les Études ; Cortot et Claudio Arrau pour les Préludes (Cortot les a enregistré trois fois, mais s'il vous plaît choisissez l'enregistrement de 1933), Samson François, Ivan Moravec et Claudio Arrau pour les Ballades, Kristian Zimerman et Dinu Lipatti pour la Barcarolle, Artur Rubinstein pour les Polonaises (il les a enregistrés trois fois, mais vous serez bien servi par sa dernière gravure, celle des années soixante), Emil Gilels pour les Sonates op. 35 et op 53, Maurizio Pollini pour la Berceuse, Martha Argerich et Charles Dutoit (EMI) pour les deux Concertos pour piano ; Pollini, Arrau et Rubinstein (troisième version, années soixante) pour les Nocturnes.
* * *

Immortel Frédéric, je suis vôtre...

ci-contre Chopin au piano (dessin de George Sand)

vendredi 16 octobre 2009

La Louée, premier roman de Françoise Bouffière

Membre de la Recrue du mois depuis tout récemment - ce site est une publication web dont la mission est de mettre en lumière le premier roman d'un auteur québécois -, vous trouverez mon compte-rendu de La Louée (ainsi que celui des autres excellents membres du magazine) en cliquant sur le lien suivant : http://www.larecrue.net/


Petit bijou littéraire, ce roman publié aux éditions Septentrion fera sûrement parler de lui. Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser vos commentaires sur le site. Bonne lecture!

jeudi 15 octobre 2009

L'amour dans le Journal

Rarement ai-je aussi parcimonieusement consommé un livre. Les pages se tournent lentement entre moi et Anaïs Nin. L'amour coule doucement, près d'un chemin de soie, transportant des effluves musicales dignes d'interminables adagios.


" Comme les hommes au café parlaient de leur tristesse après l'amour, je leur demandai comment il se faisait que je n'éprouvais pas cette tristesse après l'amour. Ce fut Henry qui me répondit : « C'est peut-être parce que pour vous ce n'est pas tout. Ceux pour qui c'est le seul moyen de s'unir sont tristes que l'union soit éphémère. » Il est vrai que pour moi ce n'est qu'un seul mode d'union, ou d'expression de l'union, et qu'il y en a d'autres. "

in Journal 2 d'Anaïs Nin, p. 481 (LDP)

mercredi 7 octobre 2009

Au revoir Mercedes Sosa

À l'heure où je planchais sur un texte dramatique pour un ami compositeur demeurant à Munich, j'apprenais la triste nouvelle de la mort de la chanteuse argentine Mercedes Sosa survenue dimanche dernier. Elle avait 74 ans.


C'est mon père qui m'a téléphoné, m'annonçant que l'interprète de Gracias a la vida était décédée. Aussitôt la conversation terminée, je me suis assis au piano (j'étais à la maison d'un ami pianiste) et j'ai interprété la pièce Alfonsina y el mar, classique argentin du compositeur Ariel Ramirez (l'auteur d'une célèbre Missa Criolla) popularisé par la chanteuse argentine.

Durant mon adolescence, résonnait très souvent dans le salon familial la voix de Mercedes Sosa. À ma première audition de Gracias a la vida (hymne hispanophone célèbre de la poète chilienne Violetta Parra), j'ai été désarçonné par la puissance vocale de cette interprète dont le nom m'était encore inconnu. J'ai demandé à ma mère (ou à mon père, je ne me souviens plus) de qui il s'agissait : « Es Mercedes Sosa ». Quelques années plus tard, j'étais dans le même salon, brodant quelques mélodies au piano pendant que mon père parlait au téléphone avec un ami. Depuis les hauts parleurs du petit magnétophone (un modèle « double decker » de marque Sharp), s'échappait une musique pour piano dont la mélodie eut sur moi un effet exceptionnellement saisissant. Mon père n'avait pas terminé son appel que j'avais déjà mémorisé ce morceau en entier. Il s'agissait de la ballade Alfonsina y el mar dans une version pour piano seul interprétée par le compositeur lui-même. J'avais alors dix-neuf ans.

Six ou sept ans plus tard, je commençais à me produire en spectacle en tant qu'auteur-compositeur-interprète. Ma joie d'être sur la scène et de chanter mes chansons n'avait d'égale que la reconnaissance publique que la vie m'octroyait et ce, presque du jour au lendemain. À mon premier spectacle (dans la salle du défunt organisme communautaire La Vingtaine), on me demanda un rappel. Spontanément, j'ai interprété Alfonsina y el mar. Cette pièce n'avait cessé de m'accompagner depuis le jour où je l'ai entendu la première fois – depuis mes débuts sur scène, il n'y a pas eu un seul de mes concerts où je n'ai pas joué ce morceau au piano. Bien souvent, après ma prestation, les gens avaient l'habitude de me demander quel était le nom de cette musique. En leur fournissant les détails discographiques du morceau, je faisais immédiatement référence à Mercedes Sosa qui demeure selon moi la plus grande interprète de cette chanson.

Mercedes Sosa était l'un de ces trop rares artistes que j'aurais aimé rencontrer en personne. Lorsque j'écoute Gracias a la vida, il m'est difficile de ne pas verser quelques larmes – mon pays natal est le Chili, pays que j'ai quitté il y a exactement trente-trois ans; c'est grâce à ce classique que je puis aussi souvent rendre visite au peuple chilien.

Merci, Mercedes Sosa, pour ta voix et ton amour des humains. Nous ne t'oublierons pas.

Cliquez sur ce lien pour entendre la voix de Mercedes Sosa : http://www.youtube.com/watch?v=WyOJ-A5iv5I

jeudi 1 octobre 2009

1e octobre, Journée internationale de la musique

Ce matin, je me suis levé tôt. Au réveil, une musique m'appelait, un Mozart lointain, le Concerto «Jeunehomme» ainsi que la Symphonie en sol mineur (la Grande sol mineur, la célèbre 40e). Puis, l'envoi d'un article à une publication culturelle m'a mis face à face avec les chiffres du calendrier. C'est une journée fatidique, une journée où la musique est tout à l'honneur. Aujourd'hui, mon déjeuner ainsi que mon latté de l'après-midi seront dégustés à sa santé!

Si vous chantez, je souhaite que, le temps d'une chanson ou d'un air d'opéra, vous partagiez votre talent avec la première femme enceinte que vous verrez. On est ici pour donner la vie.

Si vous êtes pianiste, je vous prie de faire résonner un piano qui n'a pas servi depuis longtemps. Le musicien ne pratique-t-il pas l'art de la résurrection ?

Pour tous les autres instrumentistes, je souhaite que vous jouiez une musique à une personne avec laquelle vous ne semblez pas avoir de grandes affinités. Vous serez peut-être surpris de constater à quel point vous êtes de connivence!

Et si vous êtes mélomane, je souhaite que vous trouviez un moment, aujourd'hui, pour partager l'une de vos musiques favorites à la personne de votre choix. De préférence, écoutez cette pièce avec elle, car l'écoute à deux double le plaisir et approfondit le dialogue entre les deux mélomanes. Cela dit, si vous possédez un iPod, branchez le à une chaîne stéréo ou une radio d'auto - ne soyez pas égoïste!

Les heures passées auprès de la musique sont des heures qui confortent le silence. Il n'y a pas de bon silence s'il n'y a pas de bonne musique. Silence!

Et pourquoi n'iriez-vous pas sur le site web ou la page myspace d'un artiste que vous aimez et le remerciez pour la joie qu'il réussit à vous transmettre grâce à sa musique ? www.myspace.com/ ... ... ...

Je vous quitte de ce geste, car je vais lâcher un coup de fil à mes parents pour leur annoncer la bonne nouvelle!

Je vous souhaite une excellente Journée internationale de la musique!